Portrait d'enseignant 🎙️ Corentin

● Les interviews Ed ●

Mis à jour le 05/12/2025 - Publié le 05/12/2025

On nous fait des confidences ...

Témoignage de Corentin FREYCENON
Portrait de Corentin
Portrait d'enseignant
Corentin
Professeur de Mathématiques
Lycée, Saint-Etienne
Expérimentateur Ed & "France-trotter"

Témoignage d’un prof de maths philosophe

Lui, c’est Corentin. Ce n’est pas un utilisateur comme les autres : il fait partie des premiers expérimentateurs Ed. Titulaire sur Zone de Remplacement, ce prof de maths a enseigné en voies technologiques et générales, au collège et au lycée, des zones rurales aux villes.

Aujourd’hui, il enseigne au lycée à Saint-Etienne. Ça fait un an qu’il utilise l'IA d'Ed et, vous allez voir, il a beaucoup de choses à dire.

Son retour sur l'objectivité de la notation et le temps gagné est édifiant.

Avec Ed, j’ai dû me forcer réellement à réfléchir à mes attentes [...] Il lui faut une feuille de route.

Notre interview

Ed : Hello Corentin. Raconte-nous comment as-tu entendu parler de Ed ?

Corentin : J’avais reçu un message de l'Education Nationale disant qu’on cherchait des volontaires pour une expérimentation dans la correction de copie avec l'IA. Je me suis dit, pourquoi pas !

Ed : Est-ce que tu avais des appréhensions ou des a priori avant de te lancer ?

Corentin : On a eu des débats entre collègues sur l’IA ; certains étaient très enthousiastes, d’autres franchement réticents.

Moi ça m’intéressait de voir comment l'outil pouvait me servir ; comment il pouvait alléger une partie de mes tâches « pas si intelligentes que ça ». Je pense à la récurrence de vérifier telle erreur ou de compter les points sur un exercice.

L’idée était de pouvoir me concentrer sur la partie plus pédagogique de mon travail (les barèmes, la préparation des interrogations). Évidemment je ne m’attendais pas à ce que soit 100% performant mais le fait que ce soit un outil, encore une fois, je me disais que ça rendrait mes corrections peut-être plus objectives.

Il faut avoir en tête que pour beaucoup de profs, la correction de copies est un travail ingrat, ça demande un temps phénoménal.

Ed : En maths, corriger est souvent vu comme plus objectif que pour les matières littéraires. Comment décrirais-tu ton processus de correction ?

Corentin : La correction en maths connaît ces clichés. Pourtant, des études démontrent que les écarts de notes entre profs de maths peuvent être énormes. Et pour une raison simple : tout dépend du barème.

Est-ce que je vais compter telle erreur ? Est-ce que je vais compter la rédaction ? Qu'est-ce que j'attends sur cette question ? Quand on corrige, on ne regarde pas que le résultat, c'est le raisonnement de l'élève qui prime. C'est beaucoup plus complexe que juste ou pas juste.

Ed : Comment l’IA a-t-elle changé ta façon de corriger ?

Corentin : J'essaie d'anticiper davantage les erreurs des élèves. Je prends plus de temps pour faire les barèmes, chose que je ne faisais pas avant parce que quand on est pris dans la correction de copies, se faire un barème détaillé c'est un peu plus compliqué.

Avec Ed, j’ai dû me forcer réellement à réfléchir à mes attentes. L’IA répond à mes attentes et colle au plus près avec ma manière de corriger, uniquement si j’explicite en amont ce que j’attends de la correction. Il lui faut une feuille de route.

J'ai changé mon mode de fonctionnement aussi. En perdant moins de temps sur la correction, je peux faire plus d'évaluations formatives. Je veux vraiment que l’IA suive ce que je dis aux élèves. Si ce n’est pas le cas, je considère que c'est moi qui suis en faute, ce n'est pas l'IA.

Je me surprends à être plus bienveillant à l’égard de mes élèves.

Ed : L’IA est un outil, mais ressent-tu un impact sur ta charge mentale ?

Corentin : Quand une interrogation n’a pas fonctionné, j’ai l’impression que l’outil m’aide à prendre du recul.

Quand on passe 5h à corriger des copies et que ça n’a pas marché, ça tend un peu parfois, avec le risque que le barème perde en objectivité. Il y a une vraie charge émotionnelle. Grâce à l’IA, j’économise ce temps et cette tension, et je prends beaucoup plus de recul.

Une fois les copies corrigées, je les rends aux élèves sans les annoter (je trouve ça un peu violent de tout barrer). Je renvoie les élèves aux corrections dans leur espace ENT.

Ed : En voyant les premiers résultats de la correction avec Ed, y a-t-il des choses qui ont attiré ton attention ?

Corentin : Deux choses. D’abord, il y a un truc incroyable avec cette application, ce sont les annotations et le détail des commentaires que fait l’IA.

Personnellement, je n’ai pas cette capacité à aller chercher le positif dans une copie qui par exemple a 2 sur 20. Ça prend un temps infini que malheureusement je n’ai pas. Mais Ed trouve toujours des réussites là où je sèche !

C’est génial parce les élèves ont la possibilité de se raccrocher à quelque chose et j’ai remarqué que j’ai moins de décrochage.

Ensuite, il y a le fait que l'IA dise qu’elle n'est pas sûre de sa correction. Je le vois écrit dans le résumé des notes de mes élèves et sur chaque exercice concerné dans les copies.

Je reste l’expert et le décisionnaire. L’IA n’a pas de conscience morale.

Ed : Tu fais allusion au système qui détecte les cas où l'IA doute. C'est rassurant ?

Corentin : Exactement. Je trouve génial que l’IA soit capable d’attirer mon attention sur ses limites. Parce que les IA du quotidien n’ont pas cette habitude. Elles ont réponse à tout avec le risque qu’elles hallucinent. Ça fait peur.

Là au moins, on voit que l’outil est conçu pour éviter ce type de problème, c’est très rassurant. Je trouve que c'est une super sécurité parce qu’on sait que cet exercice en particulier il faudra le reprendre.

Je vérifie toujours au minimum 2-3 copies pour m’assurer que les exercices ont été traités de façon cohérente. Avec l’IA, je trouve que j'ai une marge d'erreur qui est beaucoup moins grande.

Ed : Et qu’en pensent tes élèves ?

Corentin : J’ai eu un peu de tout quand je leur en ai parlé. Certains n’avaient pas d’avis, je pense qu’ils me faisaient confiance ; d’autres ont eu des appréhensions en disant « Mais Monsieur, c’est pas vous qui corrigez, c’est l’IA ».

Je leur ai expliqué que l’IA était mon outil de travail et qu’elle n’était pas responsable. JE suis responsable de la correction et des notes. C'est mon boulot en tant que prof et humain.

Je reste l’expert et le décisionnaire. L’IA n’a pas de conscience morale, donc s’il y a un souci dans leur copie, s’ils avaient peur de quelque chose, qu’une correction leur paraissait floue, on allait regarder ensemble. Je suis là pour ça.

Ed : Trouves-tu que l’outil est facile à s’approprier ?

Corentin : Je pense que c'est assez intuitif et l’application est suffisamment explicite sur le fait que l’IA a besoin d'être guidée par l'enseignant pour assurer une bonne correction.

Le plus pénible à gérer, c'est pour différencier au sein d'une même interrogation les élèves qui ont des adaptations dans l'interrogation (PAI ou PAP). Parce qu'on est obligé de reprendre la copie individuellement ou de faire deux sujets. Mais je sais qu’on est assez bien écoutés sur les retours qu’on fait.

Ed : Bonne nouvelle Corentin, on a mis en place un système qui permet de gérer les adaptations (sujet A/B) sur un même sujet !

Ed : Il te suffira de le mentionner dans la copie et l'IA détectera que cet élève ne doit pas faire l'exercice 4 par exemple. On en parle bientôt !

Corentin : Bonne nouvelle !

Ed : Si tu devais résumer l’IA d’Ed en une phrase, laquelle ce serait ?

Corentin : Un outil bien pratique !

Ed : Penses-tu que l’IA a un rôle à jouer dans l’école de demain ?

Corentin : Oui, mais elle doit toujours rester à sa place : celle d’outil.

Ed : Merci Corentin !
Corentin

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