Cachez cette note que je ne saurais voir
Cachez cette note que je ne saurais voir
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« 1, 2, 3… Où s’est cachée ma note ? »
Crédit photo : ©Connor Scott McManus, ©cottonbro, ©Ellie Burgin
« Zéro pointé vers l’infini, j’ai tout faux dans ma vie », chantait Charlotte Gainsbourg en 1986.
Et si c’est cette note qui avait tout faux ? Zéro pointé, c’est un peu rude tout de même.
Sachez que l’expression viendrait de la typographie, puisqu’il fut fort fréquent jadis de confondre 0 et O. La coutume était, chez les dactylos, d’apposer un point au centre du chiffre pour le différencier de la lettre.
Le terme serait passé dans le milieu scolaire, où d’autres disent que c’était juste un moyen d’appuyer le cuisant échec en soulignant la note d’un point.
Diabolique.
Et puis, zéro pointé sans explications, ça ne pointe pas vers les savoirs qui empêcheraient une débâcle supplémentaire.
L’ombre du cancre semblait ainsi flotter dans l’air quand les résultats PISA 2025 sont sortis la semaine dernière
Les yeux rivés sur les notes attribuées aux élèves français, nous avons figurativement arpenté la pièce la tête entre les mains, cédant à la comparingite et au désespoir.
« Effondrement », « dégringolade », « décrochage », a-t-on pu lire dans la presse.
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Certes, les résultats montrent un affaissement des performances dans les pays de l’OCDE depuis le début de PISA dans les trois grands domaines évalués chez les jeunes de 15 ans : la compréhension de l’écrit, les maths et les sciences.
Globalement, elles ont diminué de 22 points en mathématiques, où la France n’atteint que la 34ᵉ place au classement, et de 28 points à l’écrit, là où la France se classe 28ème.
L’enquête aura suffi à faire le lien avec l'IA générative et la paresse cognitive qu'elle engendrerait chez les élèves.
Et si ces résultats, combinés à l'arrivée fanfaronnante de ces technologies nouvelles, nous invitaient plutôt à nous interroger sur nos pratiques d'évaluation ?
Parmi les pistes de réflexion possibles, la note.
Dès la fin des années 1980, la chercheuse Ruth Butler comparait trois façons de rendre un travail à des élèves de fin de primaire :
💯 une note seule
✍️ un commentaire seul
💯✍️ les deux
Son but ? Mesurer le gain d’apprentissage en fonction du type de retour.
Résultat : Les élèves qui recevaient seulement des commentaires progressaient davantage. Et quand la note accompagnait le commentaire, cet effet disparaissait.
Ces travaux font écho à l’experience de notre co-auteur du jour, qui expérimente une approche similaire avec ses élèves. On lui donne la parole !
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Au moment de rendre les copies en classe, le regard va toujours au même endroit : la note.
Avant les remarques et les annotations.
Avant même de chercher à comprendre ce qui a été réussi ou non.
Faut-il alors supprimer les notes ? Ce n’est pas le choix que nous avons fait. L’évaluation par compétences a son intérêt. La question est plutôt : à quel moment faut-il la donner ?
L’année dernière, nous avons testé une organisation différente.
L’idée était simple : permettre à l’élève d’accéder à sa copie corrigée, aux remarques et aux explications, sans lui communiquer immédiatement sa note finale.
Avec Ed.ai, nous avons pu accompagner les copies de remarques beaucoup plus détaillées et transmettre aux élèves un commentaire audio, enregistré par nos soins sur la plateforme lors de la correction.
La voix change la nature du retour : elle permet de nuancer une remarque, d’expliquer un raisonnement et surtout de rendre le commentaire plus direct et plus personnel.
L’élève devait :
Lire les commentaires et observations écrites.
Écouter le commentaire audio.
Revenir sur ses réponses.
Identifier ce qui avait fonctionné.
Repérer ce qui devait être amélioré.
Privés momentanément de la note, certains élèves commençaient spontanément à évaluer leur propre travail.
Ce premier temps fonctionne probablement mieux à la maison qu’en classe, où le rendu des copies déclenche de l’agitation.
Depuis son espace Ed.ai, l’élève avance à son rythme, seul face à son travail, sans comparaison avec les autres.
Le lendemain, le temps en classe peut donc être consacré à autre chose qu’à une découverte du corrigé. Les élèves comprennent pourquoi une réponse était incomplète ou un raisonnement erroné.
La correction cesse d’être uniquement descendante. Elle se transforme en échange.
La note ne vient plus annoncer brutalement ce que vaut une copie.
Elle vient mettre un chiffre sur une évaluation que l’élève a déjà commencé à comprendre.
En retardant la note, les réactions à chaud à la remise des copies et les demandes faites par mimétisme, simplement parce que le voisin est allé réclamer un point, ont nettement diminué.
Du côté de l'enseignant aussi, le stress et la fatigue baissent considérablement.
Pour certains élèves, un vrai temps de lecture des commentaires s'installe, mais pas pour tous. J'ai interrogé d'anciens élèves de Terminale. Leurs avis sont partagés :
Une élève a refusé de consulter sa copie avant de connaître sa note.
Certains n'ont vu aucune différence, ou seulement le stress de ne pas savoir dès le début.
Plusieurs ont pris davantage le temps de comprendre leurs erreurs.
L'effet n'est ni automatique ni identique pour tous. Et il ne s'agit pas de prétendre, avec ce dispositif, qu'un élève ne sera plus déçu ou de supprimer les émotions qui accompagnent l'évaluation. Mais peut-être peut-on éviter que ces émotions prennent immédiatement toute la place.
Peut-être peut-on créer un temps intermédiaire.
Un temps où il cherche à comprendre. Puis, seulement après, vient la note.
Cet article a été coécrit avec Patrick Habis.
Une réflexion pédagogique à partager ? Ed.ai est à votre écoute !